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Dr Steven NahaisiChirurgie réfractive au laser à Paris

Vos questions

Cornée fine et forte myopie : TransPKR ou implant ICL ?

Cornée fine et forte myopie entre -6 et -10 : le laser reste souvent possible grâce à la TransPKR. Pourquoi, avec quelles suites, et quand l'implant ICL prend le relais.

Dr Steven Nahaisi, chirurgien ophtalmologue · 21 octobre 2026 · 9 min de lecture

« Docteur, on m’a dit que ma cornée était trop fine, et qu’avec ma myopie il n’y avait que l’implant. » Je l’entends très souvent, chez des patients dont la myopie se situe entre -6 et -10. Ce n’est pas toujours le cas. Une cornée fine empêche fréquemment le LASIK, pas forcément le laser : celui-ci reste souvent possible grâce à la TransPKR, une technique plus économe en tissu. J’en ai opéré plusieurs centaines à ces niveaux de correction, avec d’excellents résultats.

L’implant ICL garde toute sa place : c’est une excellente technique, la solution quand le laser n’est plus possible, souvent au-delà de -10. Voici comment je fais la différence.

Pourquoi une cornée fine pose problème avec une forte myopie

Pour corriger une myopie, le laser retire de la cornée une épaisseur d’environ 15 microns par dioptrie. À -9, cela fait de l’ordre de 135 microns. Plus la myopie est forte, plus on retire.

Le premier critère de sécurité est ce qui reste dessous : le mur stromal résiduel. Les recommandations classiques le situent au-dessus de 280 microns ; je me fixe 300 microns.

Prenons une cornée de 500 microns, un peu fine, et une myopie de -9. Ce n’est qu’un ordre de grandeur :

  • En LASIK, on découpe d’abord un capot d’environ 110 microns, puis le laser travaille en dessous. Il reste 500 - 110 - 135, soit environ 255 microns. C’est trop peu.
  • En TransPKR, il n’y a pas de capot. Le laser retire la couche superficielle de la cornée, l’épithélium, d’environ 50 microns, qui repousse ensuite, puis il travaille directement en surface. Il reste 500 - 50 - 135, soit environ 315 microns.

Il existe une option intermédiaire : le LASIK avec capot ultra-fin, de 90 voire 80 microns, qui laisse un peu plus d’épaisseur sous le traitement. Je l’ai pratiqué et il donne de bons résultats, mais la découpe d’un capot aussi fin est plus délicate. Je le réserve donc à des cas précis.

Au-delà des 300 microns : les autres garde-fous

Le mur résiduel ne suffit pas, à lui seul, à juger de la sécurité. D’autres critères comptent autant :

  • La part de cornée modifiée. C’est le rapport entre ce que l’on modifie, capot compris, et l’épaisseur totale de la cornée. Au-delà d’environ 40 %, le risque d’ectasie, une déformation progressive de la cornée, augmente nettement après un LASIK : c’était le facteur le plus fréquent chez les patients qui en ont développé une [1].
  • Le volume retiré. Deux traitements de même profondeur ne retirent pas le même volume de cornée : tout dépend du diamètre de la zone traitée. C’est pourquoi on s’intéresse aussi au pourcentage de volume modifié, et pas seulement à l’épaisseur [2]. C’est là que la pupille entre en jeu. Chez un patient dont la pupille se dilate peu dans l’obscurité, on peut se permettre un diamètre de traitement plus petit, qui retire moins de tissu et qui est donc plus sûr. Quand la pupille est grande, je préviens que ce choix peut donner un peu plus de halos la nuit. Certains l’acceptent volontiers : cela fait partie de la discussion et du choix.
  • La forme de la cornée, l’âge, l’épaisseur de départ et la correction. Les scores de risque d’ectasie les combinent, et une topographie anormale reste le signal d’alerte le plus important [3].

Ces critères expliquent l’intérêt de la TransPKR sur une cornée fine. Avec un LASIK, le capot est découpé dans la partie la plus résistante de la cornée, sa couche la plus en avant [4], et il ne participe presque plus à sa solidité. Avec une TransPKR, tout ce que le laser ne retire pas continue de participer à la solidité de la cornée. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’ectasie est extrêmement rare après une PKR [5].

Idée reçue : « Ma cornée est fine, donc je ne suis pas opérable. »

L’épaisseur seule ne suffit pas à décider. Je regarde aussi la régularité de la cornée, sa courbure, ses deux faces, l’épaisseur de son épithélium. Une cornée fine mais parfaitement régulière est souvent opérable. À l’inverse, une cornée d’épaisseur normale mais déformée ne l’est pas. Les chirurgiens n’accordent pas tous le même poids à chacun de ces critères, ce qui explique que deux avis puissent différer. C’est tout l’enjeu du bilan préopératoire.

TransPKR sur forte myopie : quels résultats ?

Dans ma pratique, les résultats de la TransPKR à -9 ou -10 sur une cornée relativement fine sont excellents, et la littérature va dans le même sens :

  • Sur la même plateforme Schwind que la mienne, une équipe française a suivi 69 yeux de forts myopes, en moyenne -7,4 : à six mois, la correction restante était quasi nulle [6]. Une autre série, à -7,9 en moyenne, retrouvait à un an 91 % des yeux à moins d’une demi-dioptrie de la cible, avec des résultats comparables au LASIK [7].
  • Face au LASIK, sur 85 yeux de forts myopes opérés en TransPKR, 87 % étaient à moins d’une demi-dioptrie de la cible à un an, contre 73 % après LASIK [8].
  • D’autres séries récentes, de -5 à -10, retrouvent 92 à 98 % des yeux à 8/10 ou mieux sans lunettes à six mois [9, 10], sans perte de vision corrigée et avec une bonne qualité de vision [11]. Les résultats sont aussi bons qu’avec la PKR classique, avec un geste plus confortable [12].
  • Dans la situation dont je parle, 187 yeux de forts myopes pour lesquels un LASIK aurait trop entamé la cornée ont été opérés en PKR, avec de bons résultats visuels et sans ectasie sur la période suivie [13].

Tout n’est pas parfait pour autant : dans une série de forts myopes à -8,9 en moyenne, quelques patients ont eu besoin d’une retouche, et deux yeux ont présenté un haze [14]. Ce sont les deux points à surveiller sur ces corrections. Contre le haze, la protection la plus efficace reste d’éviter l’exposition au soleil.

Des suites un peu plus longues

La TransPKR demande plus de patience que le LASIK, et plus encore sur une forte myopie. Les deux ou trois premiers jours sont les mêmes qu’après toute TransPKR : ça fait assez mal, le temps que la surface de la cornée se referme (voir les suites opératoires). Ensuite, la vision récupère en fluctuant pendant un bon mois, et la récupération complète se fait sur deux à trois mois. Je préviens toujours : à une semaine, vous voyez déjà mieux qu’avant sans lunettes, mais vous n’êtes pas encore au résultat final.

Le haze : une cicatrisation à surveiller

Sur les fortes corrections, la cicatrisation de surface peut être un peu inflammatoire et laisser une légère opacité de la cornée : c’est le haze. C’était fréquent avec les anciennes PKR. C’est devenu très rare. Pendant l’intervention, j’applique systématiquement de la mitomycine C, un produit qui freine cette cicatrisation excessive ; à cette dose, il ne modifie pas la cornée sur le long terme [15]. Les lasers ont aussi progressé : sur la même plateforme, une étude ne retrouvait aucun haze à six mois chez des forts myopes, même sans ce produit [6].

La meilleure prévention reste simple : protéger ses yeux du soleil pendant les six mois qui suivent. Et, plus largement, garder le réflexe des lunettes de soleil, en vacances comme au quotidien.

La myopie peut-elle revenir un peu ?

Sur une forte myopie, un léger retour est plus fréquent que sur une myopie modérée. Une étude danoise a revu des patients 13 à 19 ans après une PKR réalisée dans les années 1990 : chez les forts myopes, environ la moitié des yeux restaient à moins d’une dioptrie de la cible, contre près des trois quarts chez les myopes légers [16]. Une partie de ce retour venait de la myopie elle-même, qui avait continué d’évoluer. Surtout, les lasers des années 1990 étaient beaucoup moins précis et entraînaient plus de réactions de cicatrisation. Ces résultats, déjà honorables à l’époque, sont bien meilleurs aujourd’hui, même si un léger retour reste un peu plus fréquent sur les fortes myopies.

Il y a aussi les cas où la cornée ne permet pas de traiter toute la correction. Je l’annonce alors dès la consultation : je traite au maximum de ce que la cornée autorise en sécurité, et il restera un léger reste de myopie, par exemple -0,50 à -1 sur l’œil le plus fort. Un patient à -10 que l’on ne peut corriger que de -9 garde une petite myopie, mais retrouve une vraie autonomie.

Laser ou implant : autonomie ou vision parfaite

C’est souvent là que se joue le choix. Sur les très fortes myopies, l’implant ICL donne en général la meilleure qualité de vision, et il faut le reconnaître : il corrige sur un grand diamètre, sans toucher à la cornée. Sur les myopies au-delà de -8, sa qualité de vision est souvent meilleure que celle d’une PKR [17].

Mais beaucoup de patients ne veulent pas d’un implant. Certains ont peur d’avoir une lentille dans l’œil, ce qui se comprend : c’est une chirurgie plus invasive, qui entre à l’intérieur de l’œil. Elle est aussi environ deux fois plus coûteuse : de l’ordre de 5 500 €, contre 2 800 € pour une TransPKR (voir les tarifs). Quand le laser reste possible, même avec un léger compromis, beaucoup choisissent la chirurgie de surface. Le but du laser, c’est l’autonomie et le confort au quotidien, pas forcément la vision parfaite qu’un implant peut offrir.

L’implant devient la meilleure option :

  • au-delà de -10, parfois -12 sur une cornée épaisse ;
  • quand la cornée ne permet pas de traiter la correction en sécurité, d’après l’ensemble des critères vus plus haut ;
  • quand la cornée est irrégulière ou suspecte de kératocône ;
  • quand l’exigence visuelle est très élevée : des patients habitués à très bien voir en lentilles, parfois en lentilles rigides, qui n’accepteraient pas un léger reste de myopie.

Il faut aussi de la place dans l’œil pour loger l’implant, ce qui se mesure au bilan. Je ne pose pas ces implants : quand c’est la bonne option pour vous, je vous oriente vers un confrère qui le fait (voir les alternatives au laser).

Idée reçue : « Au-delà de -8, il n’y a que l’implant. »

Non. Entre -8 et -10, la TransPKR est souvent possible, y compris sur une cornée relativement fine, et le LASIK l’est aussi sur une cornée épaisse. Le chiffre de la myopie ne suffit pas : c’est son croisement avec l’épaisseur et la régularité de la cornée qui décide.

Après l’opération, la rétine reste celle d’un fort myope

Le laser corrige la vision, pas la structure de l’œil. Un œil de fort myope est plus long, et sa rétine plus fine et plus étirée. Elle mérite un fond d’œil tous les deux à trois ans, même quand on ne porte plus de lunettes.

En résumé

Une cornée fine avec une forte myopie, ce n’est pas un « non » automatique. Jusqu’à -10 environ, la TransPKR est souvent possible, avec d’excellents résultats, au prix de suites un peu plus longues ou d’un léger compromis visuel. Au-delà, ou quand la cornée ne le permet pas, l’implant prend le relais, et il donne une très belle vision.

Tout se décide au cas par cas, selon vos yeux et ce que vous attendez de votre vision. Parce que ce ne sont pas des yeux que l’on opère, ce sont des personnes. Pour savoir où vous vous situez, commencez par le test Suis-je opérable ?, puis venez en consultation.

Questions fréquentes

Peut-on se faire opérer au laser avec une cornée fine ?

Souvent, oui. Une cornée relativement fine mais régulière reste fréquemment opérable en TransPKR, qui ne crée pas de capot et préserve davantage d'épaisseur. Ce qui décide, c'est l'ensemble des critères de sécurité : épaisseur restante, part de cornée modifiée, régularité de la cornée et correction à traiter.

Jusqu'à quelle myopie la TransPKR est-elle possible ?

Jusqu'à environ -10 dioptries, selon la cornée. Au-delà, ou quand la cornée ne permet pas de traiter la correction en sécurité, l'implant phaque ICL devient en général la meilleure option.

Vaut-il mieux un laser ou un implant ICL pour une forte myopie ?

L'implant donne en général la meilleure qualité de vision sur les très fortes myopies. Le laser, lui, évite d'entrer dans l'œil et rend une grande autonomie, parfois au prix d'un léger reste de myopie. Le choix se fait au cas par cas, selon vos yeux et ce que vous attendez de votre vision.

Le haze est-il fréquent après une TransPKR sur forte myopie ?

Le haze, une cicatrisation un peu inflammatoire de la surface, est devenu très rare. J'applique systématiquement pendant l'intervention un produit qui le prévient, et la meilleure protection reste d'éviter le soleil pendant six mois.

La myopie peut-elle revenir après une TransPKR sur forte myopie ?

Un léger retour est possible sur les fortes corrections, plus souvent que sur les myopies modérées. Il reste en général faible, et il se discute au contrôle : lunettes ponctuelles ou retouche si la cornée le permet.

Sources

  1. Santhiago MR, Smadja D, Gomes BF, et al. Association between the percent tissue altered and post-laser in situ keratomileusis ectasia in eyes with normal preoperative topography. Am J Ophthalmol. 2014;158(1):87-95.e1.
  2. Gatinel D, Saad A, Binder PS. Comparison of the effect of LASIK parameters on the percent tissue altered (1-dimensional metric) versus percent volume altered (3-dimensional metric). J Cataract Refract Surg. 2018;44(7):897-904.
  3. Randleman JB, Woodward M, Lynn MJ, Stulting RD. Risk assessment for ectasia after corneal refractive surgery. Ophthalmology. 2008;115(1):37-50.
  4. Randleman JB, Dawson DG, Grossniklaus HE, et al. Depth-dependent cohesive tensile strength in human donor corneas: implications for refractive surgery. J Refract Surg. 2008;24(1):S85-89.
  5. Moshirfar M, Tukan AN, Bundogji N, et al. Ectasia after corneal refractive surgery: a systematic review. Ophthalmol Ther. 2021;10(4):753-776.
  6. Giral JB, Bloch F, Sot M, et al. Efficacy and safety of single-step transepithelial photorefractive keratectomy with the all-surface laser ablation SCHWIND platform without mitomycin-C for high myopia: a retrospective study of 69 eyes. PLoS One. 2021;16(12):e0259993.
  7. Aslanides IM, Georgoudis PN, Selimis VD, Mukherjee AN. Single-step transepithelial ASLA (SCHWIND) with mitomycin-C for the correction of high myopia: long term follow-up. Clin Ophthalmol. 2015;9:33-41.
  8. Zhang J, Feng Q, Ding W, et al. Comparison of clinical results between trans-PRK and femtosecond LASIK for correction of high myopia. BMC Ophthalmol. 2020;20(1):243.
  9. Ho T. Clinical outcomes of transepithelial photorefractive keratectomy performed with Smart Pulse Technology for the correction of moderate to high myopia. J Clin Med. 2024;13(11):3058.
  10. Shi Z, Gao M, Liu C, et al. TransPRK in the treatment of low to moderate and high myopia: a comparative study of the clinical outcomes. Sci Rep. 2025;15(1):25327.
  11. Adib-Moghaddam S, Soleyman-Jahi S, Adili-Aghdam F, et al. Single-step transepithelial photorefractive keratectomy in high myopia: qualitative and quantitative visual functions. Int J Ophthalmol. 2017;10(3):445-452.
  12. Antonios R, Abdul Fattah M, Arba Mosquera S, et al. Single-step transepithelial versus alcohol-assisted photorefractive keratectomy in the treatment of high myopia: a comparative evaluation over 12 months. Br J Ophthalmol. 2017;101(8):1106-1112.
  13. Sorkin N, Rosenblatt A, Smadja D, et al. Early refractive and clinical outcomes of high-myopic photorefractive keratectomy as an alternative to LASIK surgery in eyes with high preoperative percentage of tissue altered. J Ophthalmol. 2019;2019:6513143.
  14. Mounir A, Mostafa EM, Ammar H, et al. Clinical outcomes of transepithelial photorefractive keratectomy versus femtosecond laser assisted keratomileusis for correction of high myopia in South Egyptian population. Int J Ophthalmol. 2020;13(1):129-134.
  15. Gambato C, Miotto S, Cortese M, et al. Mitomycin C-assisted photorefractive keratectomy in high myopia: a long-term safety study. Cornea. 2011;30(6):641-645.
  16. Vestergaard AH, Hjortdal JØ, Ivarsen A, et al. Long-term outcomes of photorefractive keratectomy for low to high myopia: 13 to 19 years of follow-up. J Refract Surg. 2013;29(5):312-319.
  17. Miraftab M, Hashemi H, Asgari S. Matched optical quality comparison of 3-year results of PRK-MMC and phakic IOL implantation in the correction of high myopia. Eye (Lond). 2015;29(7):926-931.

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